Il y a quelques mois, l’idée d’organiser un speedating pour, avec, entre filles a émergé au sein de l’association. Tranquillement comme d’habitude.... mais le projet avance ! L’idée paraît séduisante, je crois novatrice sur Nancy : Créer un moyen supplémentaire pour susciter les rencontres entre filles. Pourquoi pas ?? les jeunes et moins jeunes ont totalement intégré les rencontres via la toile et ça marche fort bien semble-t-il ; d’autres passent régulièrement au réservoir en gardant les yeux bien ouverts on sait jamais ; d’autres se feront belles pour choper lors des bals ou lors de déjeuner/dîner/petit-déjeuner entre copines… dans l’espoir de rencontrer LA femme de sa vie !
Que diable, essayons donc ce moyen si efficace qu’il est maintenant adapté à la rencontre demandeurs d’emploi/entreprises… le speedating entre filles … Sur le papier c’est assez simple. Et pourtant, et pourtant….
Je m’explique : pour construire une action dans l’asso, nous avons des temps d’échanges plus ou moins longs, afin de réfléchir à la pertinence de cette action, de définir ses objectifs et puis ses modalités. Ces échanges sont passionnants car finalement, nous parlons toujours de nous, nous partons de ce que nous sommes. Pour faire très court, préparer un speedating, c’est nous mettre dans la peau des candidates ! Passion-nant !
Ces échanges m’ont révélé que j’étais moi-même enfermée dans mes représentations de « LA » rencontre. Ainsi, je ne m’imaginais pas en tête-à-tête avec une gamine de 20 ans ou une femme de 60 ans. Et pourquoi pas ?? Cela interroge les « interdits », les « tabous » que l’on se construit, les préjugés qui empêchent les rencontres, « LA » rencontre. Pourquoi ne pourrais-je être séduite par une gamine qu’elle ait 20 ou 60 ans ? Bien plus, pourquoi ne pourrais-je séduire une gamine qu’elle ait 20 ou 60 ans ?
L’acceptation totale de l’inconnue, de la relation qui n’existe pas encore, provoquée artificiellement et remplie d’espoir : pas si simple. Sans parler de la difficulté pour moi lesbienne, de faire la distinction entre copine/amie/amoureuse/ comme si chaque relation était figée sans même lui laisser la possibilité de s’épanouir, d’évoluer… Passion-nant !
Enfin, dans quelle mesure mon comportement s’adapte-t-il au contexte : est-ce que parce que célibataire, je deviens autre ? ça fait frémir car ça interroge forcément son identité. Moi qui prône l’authenticité, la sincérité, la vérité, est-ce transférable dans la relation amoureuse, je n’en suis pas si sûre… En tout cas, dans la phase « séduction », j’ai quelques doutes ! Je reprends les mots d’une amie : « tu es une séductrice ». Au-delà de la flatterie, ce que j’ai entendu, c’est que je pouvais séduire. Ok, mais telle une écharpe de laine que l’on sort par temps froid, est-ce que l’on peut sortir l’outillage « séduction » à la commande, sur rendez-vous ? Passion-nant !
Malheureusement, je ne pourrai certainement pas faire partie des candidates car dans l’organisation mais plus on avance dans l’agenda, plus je me dis qu’elles ont bien de la chance ces filles qui auront finalement en commun le seul désir d’aller à la rencontre de l’Autre…
