Les conflits entre sexe et spiritualité, tentations de la chair et éducation religieuse, ont fait vibrer une large part du répertoire musical afro-américain et perturbé quelques-uns de ses plus grands interprètes : Little Richard, Al Green, Marvin Gaye...
Avec la langue crue du rap et les rythmes les plus sudatoires des musiques électroniques, le duo Yo Majesty, formé des tchatcheuses, Shunda K et Jwl B, revendique aujourd’hui avec une rage guerrière, dans son premier album, Futuristically Speaking... Never Be Afraid (Domino-P.I.A.S), son aspiration religieuse et ses désirs homosexuels, son engagement politique et son goût de la fête.
Jointe par téléphone dans sa ville de Tampa (Floride), Shunda K prend facilement des accents de prêche pour parler de son groupe et de son destin de rappeuse lesbienne habitée par Dieu. Un épisode amoureux lui a fait voir la lumière. "Une fille avait brisé mon coeur. Je me suis adressée à Dieu : "Seigneur, je ne sais pas ce que tu penses de mon mode de vie, on me dit que c’est une abomination. Mais je veux que tu bénisses mon union avec une femme. Je ferai abstinence jusqu’à ce que tu m’envoies un signe". En décembre 1998, j’ai rencontré une fille, nous allons nous marier, avoir des enfants."
DES ACCENTS DE PRÊCHE
Shunda K a été élevée par ses grands-parents à Plant City (Floride), la capitale de la fraise américaine. "Ma mère était toxicomane, mon père était en asile psychiatrique. Mes grands-parents m’ont élevé à la dure au milieu des champs. Sans cette éducation, je n’aurais pas résisté à la cruauté de ce monde."
Les paroles du rap seront une autre façon de se construire, d’abord en fan de Dr Dre et de l’accent traînant de Snoop Dogg, en s’intéressant ensuite aux expériences atypiques d’Outkast. "A 18 ans, j’ai eu besoin de rapper sur mon quotidien, ma vie de femme noire homosexuelle. C’est pour cela que nous avons créé Yo Majesty." Les débuts sont difficiles, au commencement des années 2000, dans un milieu réputé misogyne et homophobe. D’abord en trio, Yo Majesty fait pourtant son trou sur un circuit underground. Autant que la violence de textes nourris de frustrations, de défoulements et d’illuminations, le déchaînement de leurs performances scéniques a fait beaucoup pour leur réputation. Ancienne chanteuse de gospel au physique de catcheuse, Jwl B termine souvent ses shows torse nu. "50 Cent le fait bien, alors pourquoi pas moi ?", confiait-elle récemment au New York Times.
Signé par le label anglais Domino, le duo a rencontré par ce biais des producteurs à l’avant-garde des sons électroniques : Basement Jaxx, Sunship, Hard feelings UK... Entre "club music" européenne et crunk américain (le style hip-hop le plus canaille), Never Be Afraid a souvent des airs de fête. "Mais attention !, prévient Shunda, il y a toujours un message, même derrière la danse." Plus engagée politiquement que sa partenaire, Shunda K se lâche plus ouvertement dans ses projets solos, sous son nom ou le pseudo de Dat Girl. Ces derniers mois, elle a beaucoup milité pour Obama.
"Martin Luther King avait un rêve, c’est Barack Obama, assure-t-elle. Pas parce qu’il est noir, mais parce qu’il dit la vérité. C’est la vérité qui nous rendra libre." Elle veut s’activer, faire bouger les choses. Au point de rêver, en rigolant, de devenir "la première femme président, noire et gay".
