Je ne sais plus qui a levé le doigt à l’AG de la CLF, en mai dernier, pour proposer que LesBienNées fassent le char de la Coordination Lesbienne en France pour la Marche des Fiertés de Paris. Je crois que c’était moi. C’est pour ça que, au cours des dernières 72 heures, j’ai eu plusieurs fois l’envie de m’en coller une. Finalement, ce lundi, j’aurais plutôt tendance à me dire que c’était pas une si mauvaise idée que ça.
Départ vers Paname
Tout a commencé le vendredi après-midi (bon, on a quand même préparé l’affaire depuis belle lurette). On vous a déjà tout expliqué sur les problèmes logistiques pour la marche de Metz. Ben là, c’était la même chose en puissance 10, étant donné qu’on était quand même assez loin de notre camp de base. Donc, vendredi, on a tout chargé : un pick-up et sa remorque, plus un break, le tout plein jusqu’à la gueule avec tout un tas de trucs bizarroïdes : depuis la sono jusqu’au grand mannequin noir qui devait faire mine de vouloir sortir du placard rainbow pendant la marche.
Chaque objet ayant ses exigences propres, il fallait qu’il se trouve dans le bon véhicule, au bon moment. Pour résumer : Fab a déposé un break à Mat pendant que C allait bosser avec les pick-up. Avant, elle avait déposé le mannequin dans ma voiture. A midi, j’ai transféré le mannequin dans le pick-up, récupéré les clefs de celui-ci et donné celles de ma voiture à C.
Avec le break, Mat et Rachel (récupérée je-ne-sais-pas-comment) se sont occupées de la sono (on a super assuré, genre au moins 1000W !).
Avec le Pick-up, j’ai récupéré Fabienne et on est parties chercher le groupe électrogène. Et là, damned. Comme la sono était plus grosse, ben le groupe était lui aussi plus gros. Vachement gros, en fait. Tellement gros qu’il a fallu aller chercher la remorque avant de pouvoir le charger. Une fois le groupe chargé, on est allées récupérer les autres filles qui devaient monter avec nous pis tout le reste du matos : outils, cabane anti-pluie, drapeaux, panneaux, pancartes, ballons, placard, etc.
Et nous v’là parties vers Paris... 4 lesbiennes dans un pick-up, avec Juliette et Mell dans le lecteur CD... Que du bonheur... Sauf que... Et ben la bâche sur le chargement ne tenait pas... Et pis les sangles, ben elles se défaisaient... Pis elles traînaient par terre derrière la remorque... Tant et si bien qu’entre Nancy et Sézanne, nous nous sommes arrêtées plein de fois : je crois que la distance la plus courte entre deux arrêts "je-re-sangle et je-re-bâche" était de l’ordre de 4 kms... La plus longue ? Ben genre... 50 km ? On vous laisse imaginer ! Heureusement que Junior avait pensé à prendre son scotch miracle : elle nous a sauvé avec quelques mètres de ruban et hop ! On a filé d’une traite. Bon, quand même, y’a bien fallu 5/6 heures pour qu’on arrive.
Séjour in Paname
Pas le tout d’être à Paris : fallait encore trouver un endroit pour dormir. Mat s’est occupée de ça la semaine précédente avec les assos de la CLF et on nous a gentillement proposé des studios sur la capitale. En ce qui concerne les groupes "pick-up-remorque" et "break", on est allées chez Evelyne qui nous mettait à dispo, non seulement un studio mais aussi un garage couvert pour les voitures. Top. Archi top.
On a dormi toutes ensemble, bien rigolé, un peu ronflé, un peu sifflé aussi du coup... La nuit a été courte !
Le matin, après un passage sous la douche et un petit-déjeuner de rêve (merci Evelyne et Anne-Marie !), on a sorti les véhicules du garage et on est parties au point de montage des chars, boulevard Montparnasse.
Montage du char
Comme c’est un char artisanal, le montage est assez long. Toutes les filles présentes ont mis la main à la pâte et on a embauché des copines pour le gonflage de ballons. Y’a eu quelques incidents : les panneaux qui se collent de travers (grrr), les tissus qu’on ne sait plus dans quel sens mettre (pareil pour la cabane : en fait, indiquer "droite" et "gauche" ne suffit pas toujours...), le mannequin qui perd sa main 30 minutes avant le départ... La pluie, de passage vers midi... Et puis quelques bobos : depuis les échardes jusqu’aux bleus... en passant par moi qui écrase la main de Fabienne dans une charnière. Oops.
Vers onze heure, on signalera une panique générale parce que Mathilde s’était gourée d’une heure en regardant sa montre (genre : "merde, il reste moins d’une heure et tout est encore en vrac").
Vers midi, il y a commencé à avoir plein de passants qui explosaient de rire en voyant la tondeuse. On a eu la visite de télés (M6 pour le Morning Café et TF1) et de radios (RFI).
Vers 13h30, j’ai laissé mes copines pour aller vers le podium de l’Inter-LGBT, histoire de prononcer le discours pour la CLF. On l’a joué un peu facile en reprenant celui de Metz mais, franchement, on était tellement speed ces derniers temps que ça ne pouvait pas être autrement.
Quand je suis arrivée sur le podium (en fait c’est la plate-forme d’un semi-remorque), je me suis aperçue que j’étais la seule nana.
Là, j’ai compris à quel point ce qu’on était en train de faire était important : porter la voix des lesbiennes, les faire exister, les rendre visibles. Je ne sais pas si c’était l’émotion, le lieu ou cette brusque conscience de la mission qui était la mienne, mais quand l’animateur m’a passé le micro, je me suis mise à trembler... Je tremblais. De plus en plus. A la fin, j’avais les genoux qui partaient dans tous les sens. J’ai tremblé comme jamais de ma vie. A tel point que les mots s’entrechoquaient aussi dans ma tête. A tel point que j’ai oublié les consignes des copines pour les accents à mettre à tel ou tel endroit. Quand ça a été fini, j’ai refilé le micro à quelqu’un et je suis allée me mettre dans un coin, histoire de me re-stabiliser avant d’essayer de descendre de la plate-forme (par un escabeau)... C’était vraiment pas le moment de se casser la figure !
On marche !
A 14h00, le départ. Je ne sais pas comment vous expliquer les moments d’émotion qu’on a eu.
On était au début d’une marée humaine de 800000 personnes ! Le côté chaud de l’affaire, c’est d’arriver à faire passer le char au milieu des milliers de personnes qui se pressent sur le parcours. Et puis, comme la touff’mobile a eu pas mal de succès, il fallait éviter d’écraser ceux qui dansaient sur le côté, gérer les cameramans qui montaient dessus, remettre Fabienne au volant à chaque fois qu’elle sortait prendre l’air, alimenter régulièrement en eau tout le monde parce qu’il faisait une chaleur d’enfer, etc.
Il y a eu des instants de pur bonheur, quand tout le monde se mettait à crier son bonheur autour du char (top la musique par Djs Mat et Fanz !!!), quand des copines qu’on connaissaient pas venaient nous voir pour nous dire "merci d’être là", quand Ka, Isa et Emilie nous ont rejointes, quand des gens nous ont remerciées pour le discours, quand Fabienne délirait avec le paquet de confettis que j’ai eu le malheur de lui laisser... Je crois que je me souviendrai aussi toute ma vie du passage à l’Octroi où, devant le speaker qui nous annonçait, là aussi, j’ai eu le sentiment qu’on était là pour représenter toutes les lesbiennes de France et j’ai pensé à toutes celles que je connaissais et qui ne pouvaient pas être là : big kiss les filles !
Il y a eu aussi des instants de pures émotions pendant la minute de silence, en mémoire des victimes du Sida, quand tout le monde se regardait d’un air grave avec au fond des yeux quelque chose de dur (il y a quand même bien des politiques et des organisations à qui on peut en vouloir) et de triste (tout ces copains et copines partis-es trop tôt... et tous ceux et celles qui vont eux-aussi partir par ignorance ou par inconscience).
En bref, quand on a commencé à apercevoir la Bastille et à se dire que ça allait bientôt se finir... Et bien on était toutes déçues, genre : "ah ben non, on vient à peine de commencer !!!" (alors que ça faisait 3 heures qu’on marchait dans Paris).
Démontage du char...
Une fois passée la Bastille, les policiers nous ont orientées vers une zone d’attente pour pouvoir ensuite nous conduire en convoi vers la zone de démontage, à plusieurs kms de là. HORREUR ! Notre pauvre Touff’Mobile qui avait été conçue pour NE PAS dépasser les 10 km/h s’est retrouvée encadrée par des motards à filer à 50 à l’heure sur de grands boulevards parisiens ! Tout tremblait, nous comprises !!! On a perdu quelques panneaux dans l’aventure, failli benner la sono et Mat avec (à cette occasion, j’ai pu admirer les superbes fossettes de Mat alors qu’elle effectuait une opération "récup de paquet de clopes sur le point de chavirer" tout à fait accrobatique)... mais l’ensemble a à peu près tenu.
Bref, on nous a parquées entre deux poids lourds pour le démontage. On a mis 3 heures pour démonter !!! C’est simple, on voyait les chars arriver les uns après les autres, se poser là un p’tit peu, arracher deux ou trois pancartes, tirer leurs bâches et hop, ils repartaient en klaxonnant... Alors que nous, on était avec la visseuse (Céline, top championne du monde de la visseuse, catégorie "découverte"), le cutter et le marteau en train de galérer pour tout remballer. Forcément, le budget d’un char semi-remorque étant aux alentours de 4500€, nous, avec notre char bidouillé à 300€, on faisait pas le poids... sauf dans les coeurs parce que, quoi qu’on en dise, la Touff’mobile, elle a quelque chose d’unique.
Vers 20h00, on est reparties au garage. Sur le périph, je papotais avec Fabienne dans le Pick-up quand on a entendu sur la radio (France Info), un p’tit bout de notre discours, la partie sur "ma République à la traîne de toutes les monarchies d’Europe occidentale". On bichait, je vous dis pas...
En bref...
En bref, c’est une opération lourde que de se déplacer dans ces conditions à la marche de Paris. Mais ça vaut franchement le coup. Déjà parce qu’on a atteint notre objectif de visibilité (radio, télés et le Nouvel Obs... Si vous récupérez des bouts d’article ou avez entendu ou vu la CLF ou la Touff’Mobile, faites-le nous savoir !!!). Ensuite parce que le char de la CLF, notre Touff’Mobile, était porteur de slogans qui parlaient non seulement des femmes mais concernaient aussi l’ensemble des problématiques LGBT (comme le discours d’ailleurs). Enfin, et cela rejoint le point précédent, parce que le char de la CLF peut être le point de rencontre de toutes les lesbiennes participant à la marche, dans un esprit d’ouverture et de tolérance (ben ouais, moi, ça me plaisait de voir qu’il y avait aussi des mecs derrière la Touff’Mobile).
Fin de l’histoire : on est rentrées dimanche soir à Nancy et on a tout déchargé sous une pluie battante... On est bien chez nous mais, franchement, j’aurais bien aimé que le samedi à Paris soit encore plus long.
MERCI à toutes celles qui nous ont aidées !!! On vous adore...
