Récemment, dans une conversation, une de mes amies désignait une de mes autres amies par la formule "cette salope et cette pute de X" (cool les filles : tout ça, c’est hors asso). Ouch. Outre la grossièreté du propos, je ne vois déjà pas bien ce que le mot "pute" vient faire dans cette triste histoire (faudrait d’ailleurs arrêter de l’utiliser dans le sens de "pas gentille", "traîtresse", etc). Ensuite, je suis toujours un peu gênée par l’utilisation du mot "salope" (Cf PS).
Bon, ok, l’autre amie en question lui avait piqué sa copine dans des circonstances... disons "troubles". N’empêche, c’est quand même mon amie, l’autre. Et puis, quand on a statué sur le mode "c’est pas bien de dire ça", on a pas vraiment fait avancer le schmilblick.
J’ai alors repensé à toutes les ruptures dont j’avais été le témoin ou l’actrice. Les ruptures sont rarement élégantes, vous le savez. Il y a celles qui partent pour une autre, celles qui partent parce qu’elles n’en peuvent plus, celles qui partent par mégarde... Autant de cas de figure que de ruptures, en fait. J’en ai même connu des élégantes, de celles qui mettent en présence deux actrices arrivant à prendre de la distance par rapport aux sentiments amoureux, capables de faire froidement le fade bilan de leur couple, puis de se séparer en toute sérénité et certainement pas par facilité.
Mais, pour quelques élégantes, j’en connais tant d’autres qui sont autant de prétexte à victimisation. Or, un couple ne se délite pas parce qu’une des composantes du couple s’égare. Non, la fin d’un couple est également quelque chose qui se construit à deux. Difficile responsabilité à encaisser que celle de ne pas avoir pu/su aimer... Parfois tout aussi difficile réalité à envisager que celle d’un amour sans relief, transitoire.
Alors, par facilité, nous cédons à la colère, voire la haine. Il nous faut un bouc-émissaire. Si elle est partie pour, avec ou grâce à une autre, ce sera de la faute de cette "autre", la méchante qui nous a volé notre bien. Si elle est partie pour elle-même, c’est à elle-même que nous faisons porter le poids de la responsabilité de l’échec, avec, au passage, le plaisir de faire souffrir, de déstabiliser celle qui est partie et qui nous laisse.
J’ai parfois assisté ainsi au remodelage du passé de couples. Il y était question de violences, parfois de viols, de malaise, de malheurs, de trahisons... tous ces phénomènes faisant l’objet d’un récit a posteriori devant un auditoire complice, tout près à compatir à la souffrance de la victime de l’amour.
Nous faisons toutes comme nous pouvons, aussi bien que nous pouvons. A bien y réfléchir, je dois être la "salope" (voire la "pute") d’une bonne demi-douzaine de personnes sur Terre. Si nulle d’entre nous n’est à l’abri de la facilité en matière de rupture, j’en appelle à l’acceptation de la co-responsabilité, à la conscience du processus de victimisation qui sous-tend la colère ou la haine, et je plaide pour un peu d’élégance.
22 commentaires
Ensuite, je suis toujours un peu gênée par l’utilisation du mot "salope"
Je te comprends !
Voici la définition de salope dans le grand dictionnaire terminologique : " Instrument constitué d’un petit tampon de tissu enduit de suif et destiné à graisser les fers à repasser utilisés pour la confection des chapeaux. "
Je ne suis pas sûre de vraiment saisir le sens profond de ton billet, Seniore, mais je crois comprendre que si tu appelles à un peu d’élégance, c’est autant de la part de celle qui est quittée que de la part de celle qui quitte.
Or, si celle que l’on quitte a recours à la colère et à des termes peu flatteurs tels que "salope" ou "pute", ce n’est à mon avis pas par facilité mais par souffrance. Bien sûr cela n’excuse pas tout et surtout ne devrait pas empêcher de réfléchir à son propre rôle ou sa propre responsabilité dans la rupture. Pour celle qui subit la rupture, cette réflexion risque cependant de prendre du temps et de ne pouvoir se faire "à chaud", il me semble que c’est humain et que la prise de recul ne peut être immédiate lorsqu’une personne subit la décision de l’autre, parfois sans y avoir été le moins du monde "préparée".
Alors j’aurais tendance, pour ma part, à prôner un peu d’intelligence :
de la part de celle qui quitte, en acceptant et en assumant d’être la salope de l’autre, en comprenant que l’autre précisément, aura besoin de davantage de temps pour analyser la situation.
de la part de celle qui quitte encore, en ne laissant pas un sentiment de culpabilité exacerbé ou non par la réaction de l’autre rendre les choses encore plus difficiles : un pas en avant, deux pas en arrière, une rupture qui s’éternise, et c’est le meilleur moyen de prolonger inutilement la souffrance. Encore une fois, si notre fermeté doit être assimilée à de la "saloperie", assumons-le, il y a de grandes chances que l’autre nous en soit un jour reconnaissante. C’est peut-être cela qui ira jusqu’à provoquer la haine chez l’autre, mais c’est aussi, souvent, cette haine qui finira par la libérer.
de la part de l’entourage, des amis de l’une ou de l’autre, en ayant conscience de cette tendance à la victimisation que tu évoques -logique à mes yeux même si elle n’est pas toujours justifiée- et en sachant faire la part des choses sans prendre pour argent comptant tout ce qui pourra être dit par l’une ou l’autre lors de ces crises.
de la part enfin, le cas échéant, de la nouvelle compagne de l’autre, en se gardant de porter un jugement hâtif sur une ancienne relation dont on n’a qu’une vision biaisée par la situation de crise.
Cela est bien sûr plus difficile à faire qu’à dire et je parle d’expérience : j’ai plus souvent été la salope de l’autre que l’inverse, et je l’ai rarement bien assumé. Lorsque la situation a été inversée, j’ai eu en revanche beaucoup de chance : mes salopes (dois-je avouer ici qu’il y a aussi eu un "salaud" ?) ont été plutôt élégants.
J’ai malgré tout souffert et souffert longtemps et c’est par cela que je terminerai : quels que soient notre élégance, notre respect, notre égocentrisme..., chacune réagit avec ses possibilités du moment, la souffrance est de toute façon inévitable et il serait vain de vouloir l’éviter.
je suis assez stupefaite de voir qu’on utilise le GDT pour expliquer le mot salope.... alors que le TLF (Tresor de la Langue Française) donne une reelle explication.... la salope est avant tout - et surtout avant d’etre une pute- une fille sale ou mauvaise
http://atilf.atilf.fr/dendien/scrip... ;s=518079930 ;r=1 ;nat= ;sol=1 ;
bonjour
eh oui meme 2 ans aprés, internet peut faire sa route .. et peut servir aux autres
je t’ en remercie.
cela fait un an que Marissée m’ a quittée - et pour rajouter à ce que tu exprimes trés bien dans cette note - elle l’ a fait en refusant toute entrevue, et tout cela aprés 5 ans de vie, d amitié, (d’ amour de mon coté en tous cas), et en me dénigrant auprés de TOUS et TOUTES qui m’ ont cotoyé de prés ou de loin, aprés avoir porté plainte contre moi pour harcèlement alors qu’ elle s’ autorisait à me frapper régulièrement, et ouvert des blogs (4) avec mon nom et mon nom d’ artiste et les avoir publié sur le net dans tous les réseaux que je fréquente et ce, professionnellement ..
face à cette trahison et sa fuite - et, pour l’ avoir tant de fois pardonnée au sujet de ses infidélités, de ses mensonges et de ses gestes - je l’ ai harcelée par besoin vital (ne m’ étant jamais retrouvée aussi ’perdue’ -et le mot est faible- et dans ma tete et dans mon etre insulté que j aurais bien voulu faire mourir à ce moment la..)
Aussi, aprés les termes de "salope" de "fille de pute" et tous autres mélés à des "stp apelles moi, la personne qui m’ a élevée vient de mourir..dans mes bras..(ma grand mère)", je suis passée à des mots bien pires tels que "métèque" = étranger à toi meme .. non pour dire que j en retire une fierté, ni meme un désir "maso" de retour d’ amour de papa ... (comme pourraient le dire son entourage de psychologues de comptoir qui n’ ont jamais rien oser de leur pauvre vie au final..)
et ces mots la, je ne pensais jamais qu’ ills pourraient se dire à une meuf, une lesbienne.
Tout ça pour vous dire, que chez les lesbiennes, et je m’ y inclus, il faudrait peut etre arreter de se voiler la face en se cachant derrière des hommes tout aussi peu évolués, la violence physique, la fuite, le harcèlement, la calomnie, le viol, et tous les symptomes de ce mal de vivre qui ne fera qu’ empirer, existent parceque l’ humain n’ a plus aucune idée de cette valeur morale qu’ on appelle le RESPECT et l’ amour de l’ Autre.
Prions pour nous meme Sistahs !